Nigel Otermans explique de manière captivante différentes illusions psychologiques à son public.
Sur la scène de l’Amsterdam Magical Experience, l’illusionniste Nigel Otermans se penche vers le public. La salle est plongée dans l’obscurité, les projecteurs sont braqués sur ses mains. « Regardez bien », dit-il calmement. « Vous pensez que vous voyez tout. Mais en réalité, vous voyez surtout ce que vous voulez voir. » C’est par cette phrase que le champion néerlandais d’illusionnisme (2022-2023) ouvre un chapitre étonnamment philosophique de son spectacle. Ce n’est pas seulement la magie qui occupe le devant de la scène, mais aussi la psychologie.
Otermans, qui a remporté dès 2019 le titre de champion néerlandais junior de magie scénique, sait mieux que quiconque à quel point notre cerveau est fragile. « Les gens pensent que leurs yeux sont un appareil photo qui capture la réalité sans faille », explique-t-il après le spectacle dans le foyer des artistes. « Mais notre cerveau n’est pas un appareil photo. C’est un conteur. Il comble les lacunes, ignore les contradictions et choisit surtout ce qui correspond à ce que nous croyons déjà. »
Il l’illustre à l’aide d’un simple tour de cartes qui prend soudainement une dimension profonde. Le public choisit une carte, du moins, c’est ce qu’il croit. En réalité, Otermans oriente ce choix par des indices subtils et en jouant sur les attentes. « C’est exactement ce qui se passe en dehors du théâtre », dit-il. « Sur les réseaux sociaux, nous ne voyons que des publications qui confirment notre vision du monde. Lors d’un débat politique, nous n’entendons que des arguments qui nous donnent raison. Même dans nos relations, nous interprétons souvent le comportement de notre partenaire à travers le prisme de nos propres peurs ou espoirs. »
L’illusionniste s’appuie sur les principes classiques de la diversion et des biais cognitifs. « Je ne force rien. Je me contente d’utiliser ce que le cerveau fait déjà : reconnaître des schémas, tirer rapidement des conclusions et filtrer les détails qui ne cadrent pas. » Il appelle cela « l’illusion du contrôle ». Les gens se sentent plus en sécurité lorsqu’ils pensent percevoir la réalité de manière objective. « Mais c’est précisément cette conviction qui nous rend vulnérables à la tromperie – tant sur scène que dans la vie quotidienne. »
Le spectacle d’Otermans, *De Tijdreiziger*, ainsi que ses représentations régulières à Amsterdam, jouent sans cesse avec cette limite. Le public rit, applaudit, mais rentre chez lui avec un léger sentiment de malaise. Car lorsqu’un magicien hors pair vous dit que vos propres yeux vous trompent parfois, cela vous laisse songeur. Même une fois les lumières éteintes.